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Proposition
pour une coordination et une action internationales pour la récupération
et l'élimination des déchets.
Résumé
Ce document argumente le projet de création d’une agence
internationale pour la récupération et l’élimination
des déchets. Reprenant les éléments caractéristiques
de la situation actuelle sur le plan mondial, il précise la démarche
d’un projet de réseau mondial de désapprovisionnement
en 3 phases : évaluation du gisement mondial de déchets,
étude des possibilités locales de gestion, définition
d’options régionales ou sous- régionales.
NOUS
POUVONS ENCORE EVITER LA
NECROPOLE HUMAINE.
La gestion des déchets de la planète présente aujourd’hui
une multitude de situations marquées par la grande disparité
des priorités qui lui sont accordées et des moyens techniques
mis en oeuvre entre le Nord et le Sud. Très tôt confrontés
aux problèmes de santé publique et de dégradation
du cadre de vie liés à la présence des déchets,
les pays industrialisés sont aujourd’hui à la tête
d’une révolution écologique planétaire dont
l’objectif principal reste le rétablissement des équilibres
écologiques de la Planète.
La disparité des priorités et des moyens entre pays riches
et pays pauvres constitue une entrave importante à la réalisation
des objectifs que poursuivent à l’heure actuelle de par
le monde, diverses organisations nationales ou internationales, publiques
ou privées, en matière de protection de l’Environnement.
Le risque lié à cette situation réside dans la
transformation de la révolution écologique naissante en
une course à deux vitesses caractérisée par une
préoccupation de plus en plus grande de la part des pays du Nord,
pendant que s’installerait un immobilisme voire une insouciance
quasi-totale dans les pays du Sud où d’une part, les difficultés
d’une appréciation objective de la production actuelle
de déchets et les perspectives démographiques des prochaines
décennies d’autre part, laissent présager de l’ampleur
des problèmes à venir.
Ces perspectives peu réjouissantes dans le Tiers-Monde ont suscité
par le passé et suscitent encore aujourd’hui la mise au
point de nombreux programmes d’aide au développement au
travers d’organes spécialisés des Nations-Unies
et d’autres institutions internationales, européennes notamment.
Le domaine particulier de la gestion des déchets a été
jusqu’ici marqué par une politique d’assistance Nord-Sud
dans le cadre d’accords bilatéraux destinés à
favoriser le transfert d’une technologie. Il a connu au niveau
international, la signature de plusieurs accords, protocoles et conventions
dont les difficultés de mise en oeuvre surtout dans les pays
pauvres expriment souvent les limites et les portées.
La nécessité d’une gestion globale des déchets
de la planète ne fait plus aucun doute, au vu des interdépendances
qui relient cette question aux problèmes touchant de près
ou de loin au changement climatique, au développement économique
et social et par voie de conséquence à la survie de l’humanité.
Est-il encore besoin de le crier : les déchets de la planète
constituent aujourd’hui et a fortiori demain, un défi à
notre civilisation. Il est encore temps d’agir si nous voulons
éviter ce passage fatidique de nos Métropoles particulières
à la Nécropole humaine.
LES
RAISONS D’UNE DEMARCHE
L’idée de la création d’une Agence
Internationale pour la Récupération et l’Elimination
des Déchets procède de l’analyse liminaire ci-dessus
et des considérations suivantes :
1 - Il n’existe pas encore à notre connaissance
une structure internationale dotée de moyens appropriés
pour remplir cette mission.
2 - Une idée similaire avait été
évoquée lors des travaux préparatoires de la Convention
de Bâle sur les Mouvements Transfrontières des Déchets.
Il s’agissait de la mise en place d’un organe onusien chargé
de la surveillance de tels mouvements.
3 - L’Agence Internationale pour la Récupération
et l’Elimination des Déchets va dans sa conception au-delà
d’une simple surveillance de mouvements de déchets et vise,
à l’instar d’autres institutions onusiennes telle
l’OMS par exemple, à établir partout où des
organisations humaines sont susceptibles de produire des déchets,
les conditions appropriées à leurs récupération
et élimination écologiques.
4 - L’établissement des conditions appropriées
d’élimination des déchets dans les pays pauvres
est une condition préalable à la mise en oeuvre de toute
politique de développement, de même que cette élimination
dans les pays développés est une nécessité
pour la poursuite durable de leurs activités économiques.Outrepasser
cette condition reviendrait tout simplement à vider de tout son
sens la notion de développement durable à long terme issue
des travaux de la Commission BRUNDTLAND des Nations-Unies.
5 - Seule une mobilisation internationale, par l’apport
de ressources financières suffisantes et la mise au point de
technologies locales adaptées, peut résoudre les problèmes
de gestion des déchets auxquels, à divers degrés,
tous les pays auront à faire face dans les toutes prochaines
décennies.
6 - L’idée récemment avancée
dans les milieux financiers internationaux de la substitution d’une
partie de la dette des pays pauvres par une protection plus accrue de
leur environnement peut trouver un excellent cadre d’expression
dans la mise en place dans ces pays de structures adéquates à
une gestion saine de leurs résidus urbains et industriels.
7 - Un traitement et une élimination des déchets
compatibles avec les contraintes environnementales locales sont aujourd’hui
à la portée de l’économie mondiale. Le coût
d’une telle entreprise doit être supporté par les
revenus issus de l’activité économique mondiale.
La mise au point d’un mécanisme de financement ne dépasse
guère les compétences humaines.
Plus que la structure elle-même, c’est la fonction de l’Agence
qui doit être considérée. Elle peut être rattachée
à l’une des organisations existantes et remplir son rôle
de coordination-liaison entre les différents acteurs du projet,
ou être établie comme telle, à l’image des
autres organismes.
ABOUTISSEMENT
SOUHAITE.
La conjonction des différentes considérations ci-dessus
évoquées aboutit à la définition d’un
projet mondial sous-tendu par la conviction suivante:
Ce n’est qu’à partir du moment où
l’homme disposera en tout temps et en tout lieu d’un réseau
approprié de récupération et de transformation
des déchets qu’il produit quotidiennement qu’il pourra
contribuer par son action au maintien des conditions nécessaires
à son développement. La mise en place d’un tel réseau
planétaire est tout aussi vitale que la présence des veines
et des artères dans notre corps physique.
SPECIFICITE
DE LA MISSION DE L’AGENCE
L’objectif assigné à l’Agence Internationale
pour la Récupération et l’Elimination des Déchets
se traduit dans la pratique par la définition, la conception
et la mise en œuvre sur toute l’étendue de la planète,
de moyens techniques assurant une prise en charge du déchet depuis
sa naissance jusqu’à son élimination définitive
du circuit économique qui l’a généré.Il
doit s'accompagner d'une incitation à la recherche de procédés
de production capable de réduire le volume et la nocivité
des déchets. Il s’agit de réaliser dans le domaine
de la gestion de déchets, ce que l’OMS a fait en matière
de lutte contre certaines maladies endémiques (sa victoire sur
la variole par exemple).
Les moyens techniques et de recherche à mettre en place devront
traduire dans les faits les principes de coopération et offrir
des possibilités d’échange de connaissances et de
services entre les continents, les pays et les régions. On peut
identifier 7 grands niveaux d’équipement :
1-Niveau continental
2-Niveau sous-régional/ régional
3-Niveau national
4-Niveau départemental
5-Niveau communal/ intercommunal
6-Niveau de village / de quartier.
7-Niveau du producteur / consommateur.
L'Agence devra également établir une typologie des déchets
afin de faciliter le recensement des gisements de déchets.
L’une des principales vocations de l’Agence est de servir
d’Observatoire mondial des déchets de la planète.
Ce rôle consistera surtout en l’évaluation périodique
des installations en vue d’y apporter les modifications et les
améliorations qui peuvent se révéler nécessaires
compte tenu de la variation de la quantité et de la qualité
des déchets.C'est d'autant plus important qu'il est probable
que qualité et quantité progressent de manière
inverse l'une par rapport à l'autre.
DEUXIEME PARTIE
Démarches pratiques pour l’établissement
progressif d’un réseau mondial de
désapprovisionnement.
I
- POUR SORTIR DE L’IMPASSE.
Les questions que pose aujourd’hui la gestion des déchets
sont en étroite corrélation avec les problèmes
liés à l’explosion démographique, au développement
des villes et des régions, aux activités de production
et à la consommation. La mise en place d’installations
techniques de gestion ne saurait donc se concevoir sans une prise en
compte préalable de ces facteurs responsables de la production
de déchets.
Il découle naturellement de ce constat une remise en cause de
la démarche classique qui a caractérisé jusqu’aujourd’hui
le processus de production et de gestion des établissements humains.
La longue histoire de la gestion des déchets nous révèle
en effet que les hommes ont construit des villes, bâti des cités
sans grande préoccupation du devenir des déchets qu’engendrent
inévitablement les activités humaines. C’est seulement
à partir du moment où la présence des déchets
(domestiques puis industriels) a commencé par gêner et
menacer la santé de l’homme que l’on a cherché
à les stocker en dehors des limites de la cité.
Ce mode de gestion caractérise encore de nos jours bon nombre
d’établissements humains. La plupart des grandes métropoles
doivent faire face aujourd’hui à une responsabilité
à laquelle la démarche planificatrice de l’urbanisme
et de l’aménagement du territoire ne les a pas préparées
: trouver un espace pour les déchets. Il est difficile et presque
impossible de trouver présentement en Europe un terrain pour
y installer une décharge ou une usine d’incinération,
la conscience des risques écologiques liés à ces
genres d’installation se transformant paradoxalement en une méfiance
souvent exagérée. Tout le monde exige une gestion saine
des déchets mais personne n’est disposé à
accepter la moindre installation de gestion sur sa commune. La gestion
des déchets se trouve de ce fait engagée dans une impasse
dangereuse dont chacun devine assez aisément le fond. Il s’agit
d’une crise de l’espace et la démarche proposée
dans le cadre de ce projet vise à donner une approche d’un
aménagement de l’espace susceptible de garantir au niveau
de chaque établissement humain, un “espace déchets”
aujourd’hui indispensable à toute politique réaliste
de protection de l’homme et de la vie.
Par analogie au circuit traditionnel par lequel sont approvisionnés
en biens transformables ou directement consommables les zones industrielles
ou les ménages, nous appellerons “désapprovisionnement”
l’acte de prendre en charge le déchet depuis sa naissance
jusqu’à son réceptacle définitif. Le projet
que nous présentons prend ainsi le nom de Réseau
Mondial de Désapprovisionnement.
Mais cette situation représente également un défi
exceptionnel pour l'imagination et la capacité de création
des ingénieurs et experts.C'est auprès des jeunes qu'un
effort sera entrepris pour stimuler la recherche dans ce domaine, par
le biais de "concours", bourses, participations à des
programmes de recherche et de formation entièrement nouveaux.
II
- APPROCHE METHODOLOGIQUE
Pour atteindre ses objectifs et remplir le rôle indispensable
d'"Observatoire Mondial des déchets de la planète",
l'Agence devrait avoir dans ses missions:
1
- Etablissement d'une nomenclature évolutive des déchets
à réduire, à traiter, à éliminer
ou à stocker.
2
- Evaluation du gisement mondial de déchets.
La production actuelle de déchets sur le plan mondial est mal
connue. En dehors de l’Europe, de l’Amérique du Nord
et du Japon, l’évaluation de la production de déchets
se heurte dans bon nombre de pays à des difficultés liées
à l’insuffisance des données statistiques portant
sur les déchets. La première phase du projet consistera
donc au lancement d’une campagne mondiale d’évaluation
du gisement de déchets. L’objectif d’une telle campagne
est de fournir par continent, par sous-région et par pays des
données chiffrées sur la présence et la répartition
de différents types de déchets.
Ces données informatisées serviront de base à l’établissement
d’une carte mondiale de gisements de déchets, une actualisation
périodique de ces gisements étant indispensable.
3 - Etude des possibilités locales de gestion.
Il s’agit de faire localement, dans un premier temps, un inventaire
exhaustif de tous les procédés traditionnels ayant pu
servir par le passé au conditionnement des déchets et
qui sont aujourd’hui délibérément ou non
abandonnés.
L’introduction de nouveaux procédés de traitement
ou d’élimination ne sera envisagée qu’après
étude et analyse des possibilités d’amélioration
et de remise à jour des anciennes techniques locales.
Un accent particulier sera mis à ce stade sur la promotion d’activités
liées à la récupération de matériaux
: réutilisation, réemploi, recyclage, ...
4
- Définition d’options régionales ou sous- régionales.
Les phases précédentes auront permis de superposer au
gisement mondial de déchets les possibilités locales de
traitement et d’élimination.
Il s’agira de compléter cet embryon de réseau par
la mise en place d’équipements complémentaires en
vue de réaliser sur le plan national, régional ou sous-régional
une chaîne complète de désapprovisionnement.
On sera donc amené à définir, selon les maillons
manquants, un certain nombre d’options nationales, sous-régionales
ou régionales dont la coordination avec les réalisations
existantes débouchera sur le réseau planétaire
projeté.
Il est à remarquer que la notion de chaîne complète
de désapprovisionnement ne renferme pas la même réalité
d’une unité territoriale à une autre. Le degré
de complexité d’une chaîne dépend prioritairement
de la qualité des déchets qui y transitent. Dans une unité
territoriale à activité agricole dominante, ce degré
peut être atteint par l’installation d’une place de
compostage tandis qu’une autre unité territoriale aura
besoin d’un bassin de lagunage, d’une station d’épuration
ou d’une usine d’incinération afin de compléter
efficacement le reste du réseau mondial.
5 - Diffusion de l'information
Une diffusion de toute l'information recueillie précédemment
- typologie, méthodes, procédés, réglementations
et recommandations - est non seulement indispensable, mais alimentera
aussi les programmes de recherche engagés dans ce domaine.
III
- VERS UN PLAN MONDIAL DE DESAPPROVISIONNEMENT
Le résultat attendu à l’issue de la phase III du
projet est la production d’un Plan Directeur Mondial de Désapprovisionnement
(PDMD) fixant pour une durée à déterminer, les
réalisations à effectuer en vue d’une gestion saine
des déchets de la planète. Ce plan établi sur la
base des résultats des phases I, II et III aura l’approbation
des grandes instances mondiales, en particulier de l’ONU et de
ses institutions spécialisées, et devra, pour avoir l’efficacité
souhaitée, être opposable à tout citoyen du monde
et aux nations.
CONCLUSION
Voici donc sommairement esquissée, la démarche envisagée
dans le cadre de ce projet. Il s’agit de poser les bases d’une
discussion devant amener à une définition plus fine et
plus complète de la question. S’agissant par exemple de
la phase I de la démarche, il importait plus pour nous, de mettre
l’accent sur le caractère incontournable de cette évaluation,
que de savoir quand et comment celle-ci sera faite. En ce qui concerne
les installations techniques à mettre en place, il appartiendra
à l’Agence Internationale pour la Récupération
et l’Elimination des Déchets de définir les contraintes
nationales afférentes à leur gestion.
Nous osons espérer que ce projet bénéficiera de
tous les concours nécessaires à son avancement et à
son aboutissement.
Travail
élaboré par la commission Ecologie