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Education des jeunes à l’environnement : approche holistique* et Traditions

Résumé

Il est urgent de mettre en place l’éducation à l’environnement des jeunes de la planète. L’éducation à l’environnement doit permettre d’instaurer les nouvelles modalités de la relation Homme-Nature et relever ainsi plusieurs défis qui sont analysés ici.
L’école doit jouer un rôle de première importance dans l’éducation à l’environnement en abordant ce point dans le cadre de l’interdisciplinarité et en se basant sur une vision holistique de l’Homme et du monde.
Dans cette optique, l’éducation à l’environnement s’articule selon trois axes : la connaissance, l’action et le ressenti (ou vécu émotionnel).
Pour travailler ce dernier point, on proposera aux enseignants et aux éducateurs de redécouvrir dans un esprit ouvert les Civilisations ayant privilégié le lien avec la Nature et leurs Traditions, ainsi que les valeurs universelles qu’elles ont développées afin d’en tirer une approche pédagogique nouvelle et dynamique.
Un programme d’actions est présenté à la fin de cette communication.

Préambule
Aussi loin que remonte notre mémoire, l’humanité était restée en symbiose avec la Nature... En quelques décennies, l’accélération des découvertes scientifiques a suscité chez l’homme de nouveaux besoins de consommation artificiels. Il en est résulté l’utilisation d’énergies considérables, le développement d’industries polluantes, le dépeuplement des campagnes, l’apparition d’énormes métropoles urbaines.
C’est ce cycle infernal qu’il faut rompre afin de recréer un équilibre viable pour tous.
Or, la majorité des hommes civilisés est maintenant si éloignée de la Nature qu’elle ne la comprend plus, qu’elle ne la “ressent” plus.
Un effort considérable d’éducation est donc nécessaire pour contrebalancer cette évolution, néfaste pour chacun comme pour l’ensemble de l’humanité.
- Education des adultes, hommes de la rue ou dirigeants : c’est le rôle des mouvements, politiques ou autres, des médias.
- Education des jeunes, pour qu’ils acquièrent dès leur plus jeune âge des perceptions, des réflexes écologiques car ce sont eux les adultes de demain.
Cette éducation qui est mal assurée par les parents du fait de leur propre déphasage par rapport à l’environnement, doit être tout particulièrement réalisée par l’école.
Il est donc devenu urgent de mettre en place l’éducation à l’environnement des jeunes de la planète.

Les défis de l’éducation à l’environnement
L’éducation à l’environnement ne peut plus se limiter à de simples leçons de choses ni à des études confinées aux laboratoires. Ce qu’il faut maintenant, c’est réaliser une éducation qui favorise à la fois :
- l’éveil des adultes d’aujourd’hui et de demain à une éthique qui guidera leur manière d’être, leurs choix, leurs actions.
- l’acquisition de compétences qui permettront aux futurs acteurs de la société de prendre des décisions écologiquement rationnelles. Cela suppose aussi bien la maîtrise de disciplines scientifiques pointues que la maîtrise de la complexité des questions écologiques.
L’éducation écologique doit, en cette fin du XXème siècle,
- être au service du vivant et s’inscrire dans la dynamique de la biosphère;
- être l’agent d’une "sagesse de l'environnement" où interagissent de nombreux éléments : environnemental, économique, politique, philosophique;
- développer une pensée ouverte permettant de comprendre un système de plus en plus complexe pour agir sur lui.
L’éducation à l’environnement est ainsi l’une des composantes principales de cette "sagesse" qu’il reste à élaborer, un élément d’un vaste programme d’actions incluant, comme le souligne Michel Serres, des actions à court terme (informer les médias, utiliser les connaissances scientifiques pour essayer de résoudre les problèmes de pollution...) et à long terme (notamment, action juridique permettant de fixer le cadre dans lequel peut s’exercer l’activité humaine).
L’éducation à l’environnement doit permettre d’instaurer les nouvelles modalités de la relation homme-nature et, pour cela, doit relever plusieurs défis en même temps :
- celui de la formation de la personne par une perception positive d’elle-même et de son environnement;
- celui de la diffusion des savoirs et de la compréhension des mécanismes naturels;
- celui de l’action du citoyen dans la cité par des attitudes et des comportements nouveaux.
Les objectifs de l’éducation à l’environnement sont donc multiples. Elle doit amener chacun :
- à aimer la nature : découverte de nos liens avec elle;
- à connaître la nature : acquisition de connaissances naturalistes, historiques, de savoirs populaires...
- à agir sur la nature : comprendre pour ensuite agir est, en effet, l’une des principales finalités de cette éducation;
- à s’initier à la démocratie puisque l’action sur le milieu doit être précédée d’une prise en compte des spécificités de chacun et d’une négociation collective;
- et enfin, à acquérir une méthodologie d’approche holistique car pluridisciplinaire.
Ces objectifs s’appliquent en effet à une multitude d’approches - sensorielle, artistique, ludique, conceptuelle, scientifique, sportive, historique, spirituelle ...
Ces différents aspects ont entre eux des relations complexes de complémentarité ou d’opposition. Il faut donc concevoir une stratégie éducative qui intègre cette diversité et qui vise “non seulement à transmettre des connaissances mais aussi à mettre en valeur des aptitudes intellectuelles à résoudre les problèmes et à inculquer des attitudes et des valeurs précises.” (1)

L’importance de l’école dans l’éducation à l’environnement
L’école tenant un rôle primordial dans l’évolution des mentalités et des comportements, l’éducation à l’environnement doit être inscrite dans le cadre des Instructions Officielles et de nouveaux programmes et contenus d’enseignement élaborés dans ce sens.
Il s’agit de revoir chaque matière dans une perspective environnementale. En effet, l’éducation à l’environnement nécessitant une approche et une compréhension globales ne doit pas être une discipline nouvelle et s’inscrit dans l’interdisciplinarité.
“La pensée écologisée est très difficile parce qu’elle contredit des principes enracinés en nous dès l’école élémentaire où l’on nous apprend à faire des coupures et des disjonctions dans le tissu complexe du réel, à isoler des domaines du savoir, sans pouvoir désormais les associer... Tout ce qui isole un objet détruit sa réalité même.”2
Cette interdisciplinarité implique l’engagement de l’ensemble de l’équipe de l’établissement scolaire : des enseignants mais aussi des autres personnels d’éducation (chefs d’établissement, documentalistes, médecins scolaires, infirmiers, surveillants...)
“Bien entendu, cette éducation ne pourra se faire sans une transformation de l’éducateur, parent ou enseignant. C’est donc chacun de nous, en tant qu’aîné, qui est responsable de l’avenir du monde et mis au défi de changer sa vision.” (3)
Il est important de noter que cette éducation à l’environnement ne doit en aucun cas avoir pour objet central de véhiculer la peur d’éventuelles catastrophes écologiques. Elle doit au contraire viser à transmettre une information complète et pluraliste, à soumettre aux élèves de tous âges des réflexions rigoureuses et honnêtes car il serait incompatible avec la déontologie et l’éthique de l’enseignement de déstabiliser et de désespérer la jeunesse.

Approche holistique de l’éducation à l’environnement : recours aux Traditions
La vision holistique de l’homme et du monde considère ce dernier et les êtres comme liés en un grand Tout où chaque partie est en interaction avec les autres, où chaque élément du réel est en relation avec la totalité qu’il exprime de façon particulière.
Cette vision holistique montre en fait que chaque élément de la relation homme-nature est lui-même envisagé de façon holistique. Ainsi, l’homme est considéré comme une personne complète entièrement développée en qui sont respectées les interactions de la psyché, du corps et de l’environnement.
La nature n’est plus alors considérée uniquement comme un environnement - ce qui entoure l’homme - mais comme une biosphère dynamique dans laquelle s’exprime la primauté de la vie. Et la relation homme-environnement est enfin abordée dans toutes ses dimensions : physique, émotive, intellectuelle, sociologique, économique, philosophique, spirituelle ...
Il est ainsi enrichissant de baser l’éducation à l’environnement sur cette vision holistique de l’Homme et du monde.
Cette éducation holistique à l’environnement s’articule alors autour de trois axes : la connaissance, le ressenti et l’action qui en découle.

La connaissance, c'est l'axe intellectuel qui conduit à utiliser la démarche scientifique, l’approche systémique, et à comprendre l’environnement.
Le ressenti, c'est l'axe émotionnel qui permet de développer le vécu sensible, l’imaginaire, l’expression poétique, artistique...
L'action, c'est l'axe de la réalisation par l'information et la formation d'écocitoyens actifs capables de mener à bien des projets positifs pour l’environnement.
Si les propositions d’ACTIONS en matière d’environnement et de développement des CONNAISSANCES nécessaires à la préservation de la nature sont couramment traitées et développées, il est important d’insister sur l'axe émotionnel du RESSENTI.

Pour que l’évolution des conceptions soit rapide et efficace, il est essentiel de situer notre prise de conscience non au niveau du seul intellect mais également et avant tout au niveau de notre vécu émotionnel.
“Face au changement et à l’éphémère, nous avons besoin d’images imprégnées du savoir et de la sagesse de la tradition; c’est donc avec les images de la nature enracinées dans la planète et dans l’expérience de chacun, supports de connaissances traditionnelles et d’expérimentations scientifiques, phénomènes concrets et outils d’imaginaire, substances et symboles, que nous travaillerons. (...) Parmi cette complexité affolante qui se déploie en continu devant ses yeux, il faut que l’enfant puisse s’appuyer sur quelques références irréfutables et fasse l’expérience des rapports permanents de la vie. Il faut lui donner quelques certitudes.” (3)
Il faut également donner à découvrir ce liant impalpable, aussi invisible et vital que l’air qui nous entoure, ce subtil ordre des choses qui régit notre monde, permettre d’appréhender cet élément essentiel et commun à tous les êtres. Certains diront que nous touchons là au domaine spirituel, mais la Science actuellement ne s’approche-t-elle pas de ce qu’elle ne sait encore nommer ?
Les anciennes Civilisations et leurs Traditions de communion avec la Nature sont des éléments clefs dans cette direction.
Les Druides, prêtres Celtes, respectaient les éléments et dialoguaient avec eux. La forêt était ainsi “le foyer d’origine de la race, un lieu utile, sacré, arme et refuge, site de merveilles. (...) Lieu sacré, la forêt était leur premier temple.” (4)
Et les Indiens d’Amérique du Nord disaient : “Les rivières sont nos soeurs : elles étanchent notre soif, portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos soeurs, et les vôtres, et vous devrez alors montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une sœur.” (5)
Dans toutes ces Traditions, sur tous les continents, se retrouvent les quatre éléments de la Nature, les quatre forces avec lesquelles nous avons perdu le pouvoir de composer : l’air et le feu, la terre et l’eau, victimes aujourd’hui de nos pollutions.
Pour redonner une réelle valeur au Vivant sous toutes ses formes, il faut faire appel à ces Traditions anciennes que l’on sous-estime trop souvent. Les points qu’elles développent sont universels, les données qu’elles véhiculent font partie de notre inconscient collectif et ne demandent qu’à reprendre vie en l’Homme en ces temps de mutation.
La re-découverte de ces connaissances traditionnelles pourra efficacement permettre de développer une vision holistique de l’environnement en créant l’émerveillement, en permettant d’exploiter les capacités d’expression de l’Etre, son imaginaire et ses pouvoirs créateurs tout en mettant en évidence les liens qui, depuis toujours, font de l’Univers une Unité.

Programme d’actions
Dans chaque système éducatif, comme au niveau mondial, il faut mener des actions coordonnées :
• concevoir et mettre en place, pour le temps de la scolarité obligatoire, des contenus d’enseignement relatifs à l’environnement et basés sur l’interdisciplinarité;
• inclure dans les études universitaires des spécialisation relatives à l'environnement et créer dans les grandes écoles et universités des départements "Environnement";
• faire bénéficier tous les enseignants et les éducateurs d’une formation spécifique à l’environnement dans le cadre de la formation initiale et de la formation continue;
• au cours de ces formations, consacrer un temps à rechercher les Civilisations ayant privilégié leur lien avec la Nature, à découvrir ces réservoirs de valeurs vraies et universelles, à développer une pédagogie vivante issue de ces Traditions, à donner naissance à des méthodes pédagogiques nouvelles et dynamiques;
• créer des banques de données recensant les actions menées et permettant la réalisation d’outils didactiques.

En conclusion
La complexité des problèmes écologiques est telle qu’une approche holistique de l’éducation à l’environnement peut seule sensibiliser les jeunes de façon efficace et durable. Mais il ne suffit pas d’être à même de bien analyser les multiples éléments du problème écologique, il faut aussi, et peut-être surtout, être capable d’en appréhender l’essentiel.
C’est sur ce point précis que les Connaissances des Anciens que l’on nomme Traditions seront un guide utile sur le sentier qu’il est urgent d’emprunter vers une communion nouvelle, consciente et délibérément choisie entre l’Homme et la Nature.
“Qui peut extraire une vérité neuve d’un savoir ancien a qualité pour enseigner.” (6)


* Holos en grec : tout, complet, entier

1 - ”Education en matière d’environnement et sensibilisation à un développement durable.”
Comité préparatoire de la CNUED - Genève - Août Septembre 1991
2 - Edgar MORIN
3 - Marie-Joséphine GROSJEAN
“Nouveaux horizons pour l’éducation: les nouvelles dimensions de l’apprentissage”.
Communication présentée au congrès “Science et Tradition : perspectives transdisciplinaires”
UNESCO Décembre 1991
4 - “Celtes et Gaulois. Croyance et cultures” CRDP de Paris -1984
5 - “Paroles du Chef Seattle - 1854"
Editions d’Utovie 1989
6 - CONFUCIUS
“Entretiens II, 11”

Travail élaboré par la commission
"Vers une nouvelle formation des enseignants"