Le Bitham Lake
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que j'avais entrevu des eaux amères du lac avait excité
mon désir de le voir. Je descendis l'escalier de la tourelle
de Lancastre et je marchai dans la direction du sud, me hâtant
vers ses rives. Mais il est tellement enseveli sous les arbres que
ce n'est pas sans difficulté que nous le trouvâmes. Jamais
dans notre riante Angleterre je n'ai vu un endroit qui me rappelle
aussi intensément la Suisse. Bien que le fruit de l'Art, il
a été conçu avec tant de bonheur qu'on n'y voit
que l'œuvre de Nature, et ce lac charmant donne l'air d'occuper
le cratère d'un volcan éteint. Il est beaucoup plus
vaste que je ne l'avais imaginé au départ. Un sentier
permet d'en faire le tour ; je suivis le circuit et ne tardai
pas à découvrir un point de vue magnifique sur l'Abbaye
qui se dressait, majestueuse et solitaire, sur la colline boisée
qui me faisait face.
Les eaux du lac étaient lisses comme un miroir et les ruines
de l'édifice s'y reflétaient. Les tours, superbes, tremblaient
au gré des ondes cristallines, comme si, ébranlées
par une force réelle, elles s'apprêtaient à partager
le destin de la Tour gigantesque qui, jadis, se mirait dans ces eaux.
Nous suivîmes les rives du lac. Nous dépassâmes
quelques chênes vénérables dont les branches trop
longues s'enfonçaient dans l'eau, et gagnâmes bientôt
le rivage opposé.
C'était un labyrinthe de plantations exotiques, un dédale
de rhododendrons, d'azalées, toute une végétation
issue des climats les plus chauds et qui s'épanouissait là
comme si elle y avait toujours été. Nous passâmes
au milieu d'une immense haie de rhododendrons, qui atteignait par
place 15 pieds de haut, et nous atteignîmes un endroit d'où
l'on a vue sur l'ensemble de ce ravissant plan d'eau. Tout ce que
j'avais vu et admiré si fort à Lansdown se trouvait
porté ici à son ultime perfection ; quelque chose qui
rappelle la solitude sauvage des terres du sud. En de tels lieux,
on n'a absolument plus conscience de tout ce que le paysage doit à
la main de l'homme. Les arbres exotiques, énormes, voisinent
avec les chênes, les hêtres et les pins avec tant de naturel
qu'ils feraient les délices d'un paysagiste. La pénombre
solennelle des bosquets de sapins, qui faisait un contraste si frappant
avec les bois de hêtres revêtus par l'automne de leur
ultime et fastueuse parure, me rappelait profondément la Suisse
et les Monts du Jura qu'il m'a été donné de voir
à la même période.
La Nature en cette saison se pare d'un tel éclat que nous ne
pouvons que demeurer admiratifs devant l'extrême variété
de ses nuances sans pouvoir même songer à tenter de les
reproduire. Dans ces lieux abrités, écartés,
les chênes, qui ailleurs sont jaunis et dépouillés
de leurs feuilles, sont ici verts comme en juillet. Toutes les nuances
variées de ces luxuriants ombrages - jaune, rouge, vert sombre
ou clair - toutes ces nuances se reflètent dans les eaux claires
de l'étang. Trois grands arbres, sur l'autre rive, ont presque
perdu malgré tout leur feuillage, et leur reflet dans l'eau
correspond si parfaitement à des voûtes gothiques qu'on
en vient à rêver qu'on voit au fond des eaux le palais
enchanté des Naïades gardiennes de ce terrestre Paradis.
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