Préface

777. William Beckford a 17 ans. Son père, l’Alderman, est
mort depuis plusieurs années. Sa mère, Lady Hamilton,
l’a gardé près d’elle, à Splendens
(Fonthill) où elle le fait instruire par des professeurs privés.
L’un d’eux prendra sur l’adolescent un ascendant exceptionnel,
qui sera déterminant pour l’évolution de sa personnalité.
Peintre, spécialiste de la technique de l’aquarelle, Alexander
Cozens n’est pas un pédagogue comme les autres. Originaire
de Russie où ses parents avaient suivi le tsar Pierre le Grand,
il s’y est initié aux cultures orientales et va développer
chez son élève une sensibilité qui ne demande qu’à
s’épanouir. Promoteur de la technique de la tache, en peinture,
il privilégie l’imagination, la créativité
comme on dirait aujourd’hui, la vision au-delà de la vision.
Mais l’originalité de l’éducation de Cozens
ne plaît pas à tout le monde. Le Révérend
Lettice fait part de ses craintes à Lady Hamilton, qui décide
d’éloigner son fils de ce professeur dont l’influence
ne cesse de croître sur un esprit, sur un cœur, prompts à
s’enflammer. Elle envoie William en Europe, comme cela se fait
en ce temps-là pour les jeunes gens de bonne famille. A Genève,
elle a de la famille. Les cousins Hamilton habitent Thônex, sur
le bords du Foron, à deux pas de la haute falaise blanche et
verte du Salève.